Bien avant les bulles, Reims s'appelait Durocortorum et comptait parmi les grandes villes de la Gaule romaine. Les Romains y ont laissé un arc de triomphe hors norme, une galerie sous le forum, des tombeaux de marbre, et surtout deux choses sans lesquelles le champagne n'existerait pas tel qu'on le connaît : les carrières de craie devenues caves, et la vigne. Voici où voir cette Reims romaine, et comment elle mène tout droit aux maisons de champagne.
Durocortorum, capitale de la Gaule Belgique
Les Rèmes, le peuple gaulois qui a donné son nom à la ville, se sont alliés très tôt à Rome. Sous Auguste, leur cité devient la capitale de la province de Gaule Belgique. De cette grandeur, un monument reste debout au nord du centre-ville : la Porte de Mars, arc de triomphe du IIIe siècle, le plus ancien monument de Reims. Avec ses trois arches sur 33 mètres de long pour 13 mètres de haut, c'était l'arc le plus large de tout le monde romain. Regardez sous les voûtes : les reliefs sculptés, dont des scènes de travaux des champs, sont encore lisibles.

Sous la place du Forum, le cryptoportique
Au cœur de la ville, à quelques mètres sous la place du Forum, subsiste une longue galerie voûtée semi-enterrée : le cryptoportique. C'était l'une des trois ailes d'un ensemble bien plus vaste, le forum de Durocortorum, la grande place publique de la cité romaine. On y descend en saison, l'après-midi, et l'entrée est libre ; vérifiez les dates d'ouverture avant de venir, le site ferme hors saison.

Le musée Saint-Remi et le tombeau de Jovin
Les collections gallo-romaines de Reims sont réunies au musée Saint-Remi, dans l'ancienne abbaye voisine de la basilique. La pièce maîtresse est le sarcophage de marbre de Flavius Jovinus, général et consul romain, l'un des plus beaux tombeaux antiques conservés en France, avec sa scène de chasse au lion. Les mosaïques racontent la vie quotidienne et les croyances de la ville romaine. Le musée ouvre de 10 h à 18 h, sauf le lundi ; le plein tarif est de 5,50 € (site officiel).

Les crayères : des carrières romaines devenues caves
Pour bâtir leur ville, les Gallo-Romains ont extrait la craie du sous-sol, à partir du IVe siècle, en creusant de grands puits en forme de cloche : les crayères. Des siècles plus tard, les maisons de champagne les ont reliées par des galeries et en ont fait leurs caves, parce que la craie garde une température fraîche et une humidité constantes toute l'année, idéales pour le vin. Chez Taittinger, les crayères s'ouvrent sous l'ancienne abbaye Saint-Nicaise ; chez Pommery, on descend 116 marches pour atteindre les puits, à une trentaine de mètres sous terre. Ces caves font partie du bien « Coteaux, maisons et caves de Champagne » inscrit par l'UNESCO en 2015.

De la vigne romaine aux clos des moines
La vigne arrive en Champagne à l'époque gallo-romaine. Elle n'y prend vraiment son essor qu'au IVe siècle, le vignoble du nord de la Gaule s'étant développé plus tard que celui du sud. Entre-temps, l'histoire a hésité : vers l'an 92, l'empereur Domitien ordonne d'arracher une partie des vignes des provinces pour protéger les vins d'Italie ; deux siècles plus tard, Probus, qui règne de 276 à 282, rend aux Gaulois le droit de planter partout.
Après Rome, ce sont les abbayes qui gardent et organisent le vignoble. Les clos, ces parcelles entourées de murs, viennent de là : le Clos du Mesnil, sur la Côte des Blancs, appartenait à une abbaye bénédictine et il est déjà fermé de murs en 1698. Quant au champagne effervescent, il n'apparaît qu'aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les Romains n'ont donc pas inventé le champagne, mais ils ont planté la vigne et creusé les caves où il dort aujourd'hui.
Un roi de France en empereur romain, place Royale
Dernière surprise, et pas des moindres : sur la place Royale, Louis XV se dresse en empereur romain, drapé à l'antique et couronné de lauriers. La ville avait commandé la statue au sculpteur Jean-Baptiste Pigalle, inaugurée en 1765, le roi tendant la main pour « prendre le peuple sous sa protection ». Le bronze est détruit à la Révolution ; Pierre Cartellier en réalise un nouveau en 1818-1819, toujours en tenue romaine, tandis que les figures du piédestal, œuvre de Pigalle, ont été conservées.


Une demi-journée romaine, avec ou sans champagne
La Porte de Mars, la place Royale et le cryptoportique se font à pied, en une heure, dans le centre. Le musée Saint-Remi et les crayères sont plus loin, au sud de la ville, sur la butte Saint-Nicaise : c'est là qu'une voiture fait gagner du temps. Le plus logique est de finir par une cave, pour passer de la carrière romaine à la coupe.
Porte de Mars et place Royale
L'arc du IIIe siècle, puis Louis XV en empereur romain. Gratuit, visible à toute heure.
Musée Saint-Remi
Le tombeau de Jovin et les mosaïques. 10 h-18 h sauf lundi, 5,50 €.
Une crayère
Descente dans une carrière gallo-romaine devenue cave, et dégustation, réglée sur place à la maison.
Notre visite des crayères UNESCO fait cette descente en demi-journée, dès 280 € par véhicule. Pour une journée complète qui va des Romains aux sacres des rois, voyez Des sacres aux crayères.
Vos questions sur la Reims romaine
Les Romains sont-ils à l'origine du champagne ?
En partie. Ils ont introduit la vigne en Champagne à l'époque gallo-romaine et creusé les carrières de craie qui servent aujourd'hui de caves. Le champagne effervescent, lui, n'apparaît qu'aux XVIIe et XVIIIe siècles.
Qu'est-ce qu'une crayère ?
Un puits de craie creusé à partir du IVe siècle par les Gallo-Romains pour extraire la pierre qui a bâti Reims. Les maisons de champagne les ont reliés en caves, car la craie garde une température et une humidité constantes.
Pourquoi Louis XV est-il habillé en empereur romain ?
C'était la manière de célébrer un souverain au XVIIIe siècle. La statue de Pigalle, inaugurée en 1765, a été détruite à la Révolution, puis refaite par Cartellier en 1818-1819 dans le même costume antique.
Combien de temps faut-il pour voir la Reims romaine ?
Une demi-journée suffit : une heure à pied pour la Porte de Mars, la place Royale et le cryptoportique, puis le musée Saint-Remi et une crayère au sud de la ville.
Les clos de Champagne viennent-ils des Romains ?
Non. Les clos, ces vignes entourées de murs, sont surtout l'œuvre des abbayes, après l'époque romaine. Le Clos du Mesnil, propriété d'une abbaye bénédictine, est déjà muré en 1698.
